« Dialogue de civilisations »

La Tribune : Hani Ramadan, êtes-vous prêt à admettre que la liberté d’expression à des limites et que vous les avez franchies ?

HR : Il est incontestable que la liberté d’expression ne peut être absolue, même dans un Etat de droit. Le vrai problème, c’est de déterminer ces limites. Cette affaire a mis en évidence que non seulement les choses n’étaient pas claires pour le corps enseignant, mais aussi pour les représentants directs de l’autorité scolaire. Je demande donc qu’un réel débat démocratique s’instaure autour de cette question. Je suis prêt à admettre des restrictions pour autant qu’elles soient déterminées pareillement pour tous.

La Tribune: Défendez-vous toujours la lapidation ?

HR : Dans mon article, il ne s’agissait pas de faire l’apologie de la lapidation, mais de chercher à comprendre pourquoi la Bible, comme les sources musulmanes, comprennent des lois –abrogées ou non – d’une telle sévérité. Lois qui concernent aussi bien l’homme que la femme adultères. Je répète qu’il n’a jamais été question d’appliquer ces lois dans le contexte actuel, et que je me suis opposé à cette sentence contre Amina et Safiya au Nigeria. Je suis un simple croyant qui considère que la Torah, l’Evangile et le Coran sont, à l’origine, d’authentiques révélations divines. Ai-je le droit d’exprimer, en dehors du cadre scolaire, comme n’importe quel citoyen, de telles convictions ?

La Tribune: Bien qu’ordonnant votre réintégration, la Commission de recours du personnel enseignant a estimé que vous avez défendu des valeurs contraires à celles que doit représenter un fonctionnaire de l’Etat. Qu’en pensez-vous ?

HR : Je dois d’abord saluer le travail remarquable et minutieux des juges du Tribunal administratif de Genève, qui ont bien vu le caractère excessif des mesures prises à mon encontre. Je pense qu’aujourd’hui, nous en sommes aux premiers balbutiements du dialogue des civilisations. Dans mon enseignement, devant mes élèves, j’ai toujours donné à ceux-ci une liberté de pensée telle qu’ils parviennent à se construire, à forger leur propre personnalité. Pas question un instant de prosélytisme, et cela est apparu clairement dans les procédures. En dehors de ce contexte, j’invite chacun à mieux comprendre l’autre : les musulmans respectent les droits humains.  Mais ils vivent aussi avec cette conviction intime que Dieu à des droits sur l’homme.


Propos recueillis par la Rédaction
La Tribune de Genève, 6 avril 2004

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