Protection des animaux et abattage rituel en islam

La Protection des animaux (PSA) vient de lancer à Berne une initiative populaire pour contrer le projet de révision proposé par le Conseil fédéral autorisant l'abattage rituel sans étourdissement. Il est évident que l'image d'un animal que l'on vient d'égorger n'est agréable pour personne. La vue du sang, après une mise à mort, heurte notre sensibilité. Certains même n'hésiteront pas à en appeler aux valeurs de notre civilisation universelle - ou de la culture helvétique - pour contrer le «fondamentalisme» des juifs et des musulmans.

Pourtant, l'islam comprend des enseignements qu'il peut être utile de soumettre à tous ceux qui défendent la dignité des animaux. Le Coran affirme ainsi : «Nulle bête marchant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté» (6,38). Cela signifie que les espèces animales bénéficient du statut de créature, tout comme les êtres humains.

Le Prophète Muhammad lui-même s'est exprimé très clairement sur ce thème en de nombreuses occasions. Voici quelques-unes de ses paroles authentiques que je livre à la réflexion de qui voudra bien les entendre. Le Prophète dit : «Une femme a été tourmentée en enfer à cause d'une chatte qu'elle avait enfermée jusqu'à ce qu'elle périsse, sans la laisser manger.» Un jour, des enfants avaient attaché un oiseau vivant en le prenant pour cible. Ibn 'Umar, disciple du Prophète, s'exclama : «Le Prophète a maudit celui qui se sert comme cible de tout être vivant.» Le Prophète vit une fois un âne marqué sur le visage. Il désapprouva la chose et déclara : «Que Dieu maudisse celui qui l'a marqué !» Enfin, évoquons cet événement : «Nous étions en voyage. Nous vîmes alors un oiseau avec ses deux petits. Nous prîmes les oisillons et leur mère se mit à voler au-dessus de nos têtes. A ce moment arriva le Prophète qui demanda : «Qui a fait de la peine à cet oiseau en lui prenant ses petits ? Allez, rendez-lui ses enfants !»»

Cela se passait au VIIe siècle, bien avant que l'on envisage en Europe des associations pour la protection des animaux.

En ce qui concerne plus spécifiquement l'abattage rituel, il est nécessaire de ne pas s'en tenir aux apparences. Le Professeur H. Spörri, directeur de l'institut vétérinaire et physiologique de l'Université de Zurich, a mené des recherches très sérieuses sur cette question. Il en a conclu que la « perte de conscience de l'animal intervenait immédiatement après le coup de couteau rituel. Nombre de biologistes, et notamment des physiologistes de renommée internationale, dont Sir C. S. Sherrington, professeur à l'Université d'Oxford et Prix Nobel, sont parvenus à des conclusions identiques. » (Document de la Fédération suisse des communautés israélites, octobre 2001) En d'autres termes, l'animal égorgé perd dans l'instant connaissance, les analyses d'électro-encéphalographie révélant une absence de douleur prolongée. Quant aux mouvements frénétiques qui suivent l'immolation, ils sont dus surtout au système nerveux, et permettent une meilleure évacuation du sang.

En revanche, les étourdissements entraînent une angoisse et une détresse respiratoire qui peuvent se révéler beaucoup plus longues et cruelles, malgré les apparences qui nous réconfortent, mais qui ne nous indiquent aucunement les sensations réelles éprouvées par l'animal.

Il faut souligner par ailleurs que l'avant-projet du Conseil fédéral stipule de façon claire que l'abattage sans étourdissement « ne peut être effectué qu'avec l'autorisation de l'autorité compétente et dans des abattoirs autorisés » (LPA, Art.19,4).

Il est donc important, au lieu de crier à la barbarie, d'observer qu'il est parfaitement possible en Suisse de ménager le monde animal, tout en respectant, pour les juifs et les musulmans, les préceptes de leurs religions. Le Prophète Muhammad montrait ce soucis dans les moindres détails : «Dieu a prescrit la bienfaisance en toute chose, disait-il aux croyants. Si vous égorgez, faites-le avec soin : que l'on aiguise sa lame, et que l'on épargne à la bête la souffrance.»

Hani RAMADAN

Le Tribune de Genève, l'invité, 2-3 février 2002

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