Comme beaucoup de Suisse je le suppose, j'ai lu avec stupeur la lettre de lecteur de M. Lionel Halpérin, qui défend envers et contre tout la politique de l'Etat d'Israël dans son ensemble, et qui vise à minimiser les crimes commis dans les territoires occupés en particulier. Il est regrettable d'observer que ce comportement est malheureusement celui de l'ensemble des représentants de la communauté juive de Suisse, rangée de façon absurde derrière Ariel Sharon. Mais personne n'a pu justifier jusqu'à présent le refus de l'enquête demandée par l'ONU sur le massacre de Jénine. Si le gouvernement israélien n'avait rien à craindre, pourquoi s'être obstiné à cacher les faits ? Quant à la presse que M. Halpérin vilipende, elle a été unanime à reconnaître les exactions de l'armée israélienne. Martine Jacot, du journal Le Monde, avait relevé dans sa revue de presse d'avril dernier des propos sans équivoque sur l'ampleur du drame : « "Lorsqu'on pénètre dans la zone d'exclusion, les raisons pour lesquelles les Israéliens se sont évertués à empêcher les curieux d'y pénétrer deviennent claires", écrit David Blair, du Daily Telegraph de Londres. "De monstrueux crimes de guerre qu'Israël a tenté de couvrir pendant quinze jours apparaissent finalement au grand jour : ses troupes ont dévasté le centre du camp de Jénine (...) transformé en tombe humaine", dit Phil Reeves pour The Independent. "En dix ans, après avoir couvert la Bosnie, la Tchétchénie, la Sierra Leone et le Kosovo, j'ai rarement vu des destructions aussi délibérées ni un tel mépris pour la vie humaine", confie Janine di Giovanni, du Times de Londres. "Chaque personne ayant survécu à la plus féroce bataille de cette opération "Mur de protection" israélienne raconte une terrible histoire. Elle vous prend par la main et vous conduit dans sa maison ou dans ce qu'il en reste. (…) Là, il y a des corps brûlés ou tordus, surpris par la mort. Rien ne prépare jamais à découvrir la petitesse d'un cadavre", poursuit-elle."Camp des horreurs". Alexandra Lucas Coelho, du quotidien portugais Publico, relate "le jour où les vivants sont sortis dans les rues de Jénine" ; Angeles Espinosa d'El Pais (Madrid) décrit le "camp des horreurs". Tous, pour ne citer que ces médias de la presse européenne, évoquent la même odeur âcre, mélange de brûlé et de putréfaction, provenant vraisemblablement de corps ensevelis sous les dents des bulldozers israéliens, d'après les témoignages concordants. Tous soupçonnent un bilan bien plus élevé, côté palestinien, que celui dressé par le gouvernement d'Ariel Sharon (plusieurs dizaines de morts). » Ces journalistes ont eu le courage de se rendre sur les lieux malgré le danger que cela représente. Et ils sont beaucoup plus crédibles que des intellectuels de salon dont le verbiage consiste à vouloir faire admettre l'inadmissible. Hani RAMADAN L'Hebdo n°25, 20 juin 2002