Les intérêts matériels avant les droits humains

N’est-on pas en droit d’attendre de nations qui se disent civilisées qu’elles fassent passer les principes des droits humains avant tout intérêt matériel ? Le monde entier observe ce qui se produit aujourd’hui en Turkestan oriental, annexé par la Chine, où le peuple Ouïghour subit une répression sans précédent, avec son cortège de tueries, de viols et d’exactions sans nom, et avec la volonté d’effacer son identité et ses pratiques religieuses.

Or, les nations ne cessent – y compris des États dits musulmans – d’entretenir les meilleures relations avec le régime de Pékin, comme s’il ne se passait rien. Bien plus, les Jeux olympiques peuvent aller bon train là-bas, alors que sont étouffés et oubliés les hurlements de ceux que l’on persécute dans des camps d’internement.

Le monde entier est témoin de la famine dont est frappé le peuple afghan, après qu’il eut chassé de son territoire les soldats américains. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir, les aides internationales se sont évaporées, le Fonds monétaire international a gelé les biens des Afghans, ce qui a été l’une des causes de la catastrophe humanitaire qu’ils endurent.

A-t-on entendu, parmi les représentants des gouvernements des États dits libres, une seule voix courageuse pour relever la responsabilité du Fonds monétaire international dans l’accomplissement de ce crime contre l’humanité ? 

Le monde entier sait ce qui se passe en Palestine : le blocus imposé à Gaza, la violation des droits de l’homme dans Jérusalem-Est occupée, où les habitations des Palestiniens sont détruites, et où leurs sépultures mêmes sont effacées !

Le sionisme ne respecte ni le droit international, ni les résolutions des Nations Unies, ni les Conventions de Genève. Et malgré cela, nous voyons le gouvernement suisse se soumettre aux pressions du pouvoir israélien et déplacer le bureau de la Direction du développement et de la coopération (DDC, favorable aux Palestiniens) de Jérusalem-Est à Ramallah en Cisjordanie. Acte qui signifie dans les faits une quasi-reconnaissance que Jérusalem est la capitale d’un seul peuple.

On le voit, qu’il soit question du Turkestan oriental, de l’Afghanistan ou de la Palestine – et il ne s’agit là que d’exemples –, les droits humains n’y sont pas respectés, au nom d’impératifs qui le plus souvent se résument à préserver dans les « hautes sphères du pouvoir » des privilèges bassement économiques ou des relations avant tout diplomatiques. Les intérêts matériels ont pris le dessus sur les principes des droits humains. Et particulièrement quand ces humains sont des musulmans !

 Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

Tribune de Genève - L'invité,  Opinion, 23 février 2022


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