Jérusalem est plus qu’un symbole

Une sagesse ancestrale dit que ce qui est bâti sur une erreur finira par s’effondrer, en dépit des apparences. Israël est et restera un pays illégitime: le 2 novembre 1917, Arthur Balfour adresse à Lord Lionel Walter Rothschild, un banquier sioniste, une lettre stipulant que «le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif». En d’autres termes, les Britanniques ont donné une terre qui ne leur appartenait pas. En droit, un tel marché est caduc. Dès le début, cette transaction n’était qu’une pure escroquerie. Un fait de colonisation. Voilà pour la genèse du projet.

Aujourd’hui, le processus se poursuit de façon inéluctable, comme une fuite en avant jusqu’au désastre final qui s’annonce: car l’État sioniste ne cesse de s’étendre, défiant avec arrogance la communauté internationale, paralysée par le pouvoir médiatique et politique des lobbies financiers qui sévissent dans les capitales occidentales. Trump fera exactement ce que lui dicteront les maîtres de la finance, qui auraient en leur pouvoir, à force de scandales, de le conduire à sa perte. D’ailleurs, il en va également de même de certaines pétromonarchies arabes qui préfèrent se soumettre aux oligarchies transnationales, plutôt que de défendre les droits élémentaires du peuple palestinien. Reconnaissons cependant que Trump a le courage de faire ouvertement ce qui se trame partout ailleurs secrètement!

Jérusalem est aujourd’hui plus qu’un symbole: c’est un tournant historique qui va donner un élan supplémentaire à la logique de confrontation. Bien sûr, ce défaut sera hypocritement attribué à la résistance palestinienne, alors que sur le terrain des faits, il y a un colonisateur et un colonisé, et qu’à ce dernier, on ne devrait pas reprocher de se défendre.

Enfin, le sionisme se heurte inévitablement à l’islam. La Mosquée al-Aqsâ n’est pas seulement au cœur de la question palestinienne. Non. Elle constitue pour les musulmans du monde entier un lieu saint qui fait universellement écho au message de tous les prophètes: Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, Moïse, Jésus et Muhammad. C’est une terre de tous les peuples, et non d’une tribu distincte par ses ascendants. Le Coran est riche d’une parole qui accueille en son sein les enfants d’Israël: «Dites: «Nous croyons en Dieu et en ce qu’on a fait descendre sur nous, et en ce qu’on a fait descendre sur Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les tribus; et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur: nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes soumis».» (Coran, 2, 136)

 Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

Tribune de Genève, L'Invité, 16 décembre 2017

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