Questions subsidiaires à Mohammad Abdulkarim Alissa

Questions subsidiaires à Mohammad Abdulkarim Alissa,
secrétaire général de la Ligue islamique mondiale

Le Temps a largement interviewé (LT 9 juillet 2021) le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM), Mohammad Abdulkarim Alissa. On peut remercier la rédaction de ne pas avoir éludé certaines questions, relatives par exemple au positionnement de la Ligue islamique mondiale quant à la politique menée par les autorités chinoises concernant les Ouïgours, ou encore le cas de l’élimination de Jamal Khashoggi. Toutefois, nous suggérons au Temps, dans le cas où Mohammad Abdulkarim Alissa passerait à nouveau à Genève, d’ajouter les questions suivantes :

1) Mohammad Abdulkarim Alissa affirme clairement que « l’islam politique ou idéologique, c’est terminé ». Le Royaume, explique-t-il, « appelle à un retour à l’islam authentique ». Et de relever, selon lui, l’influence néfaste des Frères musulmans sur la jeunesse saoudienne. Question : Mais qu’est-ce donc que l’islam authentique aux yeux du secrétaire général de la LIM ?  S’il s’agit de revenir aux sources, le Prophète meurt et laisse à Médine un Etat dont il a été le chef, régi par le droit musulman (Etat qui n’a rien à voir avec Daesh et la version caricaturale, infantile et absurde qu’il en a donnée). 

2) La monarchie saoudienne a soutenu le militaire as-Sissi et le coup d’Etat en Egypte contre le président Morsi, légitimement élu. Elle est allergique aux révolutions qui risquent de mettre à mal les pétromonarques en place dans la région. Qu’en pense le visiteur de la Cité de Calvin qui semble être plus laïc que les laïcs eux-mêmes ?

3) Mohammed ben Salmane (MBS) a mis en prison des savants de renommée internationale connus pour leurs idées progressistes et leur remise en cause du pouvoir arbitraire exercé par MBS, comme Salman al-Ouda, dont Amnesty international dénonce l’incarcération et la condamnation à mort. Est-ce acceptable pour l’homme qui a été ministre de la Justice d’Arabie saoudite ? 

4) Le Dr Saïd Ramadan (mon défunt père, Dieu lui fasse miséricorde), Frère musulman exilé à Genève, nourrissait une relation d’amitié et de fraternité avec ‘Abd al-‘Azîz Ibn Bâz, grand mufti et président du Conseil des grands oulémas de l'Arabie saoudite, savant respecté mondialement et reconnu par tous les monarques du Royaume, du moins jusqu’à présent. Dans l’une de ses fatwas (avis juridiques), Ibn Bâz déclarait que les Frères musulmans se tiennent à la doctrine de l'islam authentique. Mon père avait par ailleurs rédigé les statuts de la Ligue islamique mondiale lors de sa fondation. Que pense le secrétaire général de la LIM de cette amitié et de ces statuts ?

5) Enfin, le Royaume mène désormais ouvertement une politique pro-israélienne. Or, on présente couramment le sionisme comme étant la traduction politique agressive du judaïsme. Pourquoi donc les musulmans devraient-ils se départir de la composante politique défensive de leur engagement, alors que des colons juifs, encouragés par leur gouvernement et défendus par des militaires, ont toute liberté pour agir en ce sens, politiquement, et se trouvent soutenus par le Royaume alors qu’ils se moquent délibérément du droit international et des Conventions de Genève ?

On attend des réponses. Et on risque d’attendre longtemps…


 Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

Le Temps,  26 juillet 2021


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