Apprendre la distance critique

Genève, 24 octobre. Les propos contenus dans la lettre de lecteur « Les caricatures font débat » (« Tribune » 24 octobre) sont particulièrement graves, puisqu'ils laissent supposer que la publication de mon texte le 30 septembre sous le titre « Arrêtons de confondre la critique et l'insulte » ainsi que mes opinions « participent à la fécondité d'idées et d'actes mortifères à l'instar de l'attentat commis contre l'enseignant d'histoire-géographie Samuel Paty. » 

Or, ce vendredi 23 octobre, à l'occasion de notre célébration religieuse, voilà les mots que j’ai lus devant notre communauté musulmane : « Avec Samuel, qu’aurions-nous dû faire ? Réunir tous les élèves de la classe. Puis ensemble, à l’école de la république, nous interroger sur le sens de ces caricatures. Ces dessins ne représentent en aucune façon le Prophète de l’islam, mais ils constituent bien plutôt la projection de ce que se figurent leurs auteurs. Par l’apprentissage de cette distance critique appréciable, on éviterait bien des tensions malheureuses. Malheureusement, ces tensions servent des desseins politiques peu louables, et les acteurs qui les instrumentalisent fondent leur stratégie électoraliste sur la vague de l’islamophobie grandissante. »

 Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

Tribune de Genève, Courrier des lecteurs, 29 octobre 2020


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