Lutter contre la violence sioniste et condamner l’antisémitisme

Il est absolument nécessaire de condamner sans détour l’antisémitisme.

D’abord, en insistant sur le fait qu’il n’existe pas de race maudite. Pas plus qu’il n’existe de race supérieure. A ce titre, le Coran nous oriente vers la voie qui conduit à reconnaître l’égalité de tous les hommes devant Dieu, sinon par la foi et la piété. Le Coran affirme: 

« Ô gens, Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons désignés en peuples et tribus afin que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux des vôtres. Dieu sait et connaît parfaitement toute chose. » (Coran, 49, 13) 

Et le Prophète Muhammad a dit : « Ô gens, vous êtes tous issus d’Adam, et Adam a été créé de terre. Un Arabe n’a aucun mérite sur un non-Arabe, ni un non-Arabe sur un Arabe, sinon par la piété. » 

A plusieurs reprises, le Coran célèbre l’exemple des Prophètes fils d’Israël, et l’islam ne connaît pas le rejet d’une race quelconque. 

Ensuite, en dénonçant l’idéologie sioniste, qui n’est qu’une perversion du judaïsme, traduisant dans les faits et par la violence l’idée de la suprématie du peuple élu, et des privilèges qui seraient les siens. Le sionisme génère l’antisémitisme. Or, on ne peut imputer à la communauté juive dans son ensemble la responsabilité de ce qui se passe dans les territoires occupés. Toute généralisation doit être récusée. Des organismes tels que la CICAD et la LICRA devraient se démarquer sans tergiversations des crimes commis par le gouvernement israélien, car leur silence, interprété comme une forme d’allégeance, engendre la méfiance et l’hypocrisie, et leur fait perdre toute crédibilité aux yeux des observateurs indépendants. J’ajoute que par principe, un racisme ne peut être plus ignoble qu’un autre : ce serait une forme de racisme de concevoir les choses ainsi. Aujourd’hui, les Arabes palestiniens subissent une discrimination dans leur propre patrie. 

Par ailleurs, s’il est important de  rappeler l’infamie que fut la doctrine nazie, et la réalité historique de la Shoah que nul ne peut nier, il est essentiel de ne pas faire de ces atrocités une justification aux exactions perpétrées contre les Palestiniens. L’unicité de la souffrance juive, distincte de toute autre souffrance (théorie d’Elie Wiesel), ne peut qu’exacerber les sentiments de tous ceux dont on ignore la souffrance. La Shoah ne doit pas être une religion et elle ne doit pas prendre la place de Dieu. Surtout dans nos républiques dites modernes. Elle n’a pas besoin de catéchisme (idée du président Sarkozy heureusement rappelé à l’ordre alors qu’il voulait associer la mémoire d’un enfant juif à chaque écolier de France !) Et on se passerait bien évidemment de ses hérétiques.  Certes, il ne s’agit pas de nier le caractère spécifiquement odieux d’un projet qui visait l’extermination d’un peuple, mais la Shoah ne doit pas devenir un dogme destiné à museler les consciences lorsqu’en Palestine, on brûle au phosphore blanc des enfants. Nous attendons toujours de ces Messieurs de la CICAD et de la LICRA une condamnation claire des massacres répétés de civils palestiniens.

Enfin, il est essentiel de démasquer le rôle des lobbies sionistes, particulièrement influents dans les milieux politiques, journalistiques et médiatiques. Ces groupes de pression parviennent à faire rendre acceptable ce qui est inacceptable. Une conspiration du silence s’installe autour du thème de la colonisation qui se poursuit. Citez-moi un seul journaliste qui ait eu le courage, dans la presse officielle et bien-pensante, de fustiger ouvertement le vol des terres palestiniennes, d’en appeler aux droits de l’homme, de réclamer des condamnations ? A peine nous rapporte-t-on les événements en quelques phrases ou par un bref communiqué. Comme si le rôle des médias consistait seulement  à couvrir par l’information la politique du fait accompli. 

Cette complicité qui perdure est inadmissible. D’autant plus que sur le terrain des faits, des femmes et des enfants vivent jour après jour un drame indescriptible, chassés de leurs maisons et de leur patrie, expulsés dans les camps. Des milliers de prisonniers dont personne ne veut connaître les noms – ils ne s’appellent pas Shalit – croupissent en prison. Dans un grand nombre de régions où est édifié le mur de la honte, les colons sont armés, et le peuple leur est livré, sans défense.

Journalistes libres de tous les pays, réveillez-vous !


 Hani RAMADAN

Directeur du Centre Islamique de Genève

Le Temps, Opinions débats, 10 novembre 2011

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